Les gens, quand ils se retrouvent après un petit momment, sont toujours plats. Ces gens qui à force d'être rabougris par une conception plastique du bonheur qu'on leur chie par un écran pensent qu'être libre c'est cuisiner.
Ils parlent tous sur le même ton, font tous les mêmes blagues, rigolent tous aux mêmes blagues de leur même unitée, et ont tous le même comportement. Aucun, ne se focalise, sur une chose, encore moins pour l'explorer. Ni sur une personne. Et, nul ne peut s'évader. On pourrait croire qu'il s'agit bel et bien d'un seul et unique être.
Et alors, ils s'obstinent, avec tout l'acharnement et la bonne foi qu'ils s'autorisent, et d'ailleurs trouvent ça naturel, de parler du lieu d'habitation des thons rouges ou du prix d'un manteau en periodes de soldes ou alors vers noël (rires) chez "copain copine", sans doute une boutique définie bourgeoise. Ce sont toujours les mêmes conversations dont ils se satisfaisent pleinement.
Aucon ne laisse paraître de sentiments, personne ne parle de choses classée méthodiquement comme "étranges" ou "hors sujet", personne ne parle naturellement, d'un truc, ou d'une question à la quelle ils viennent de penser. Je ne sais pas comment expliquer. Et puis personne ne parle de soi-même. Mais pas parler de soi au sens petite-famille-cul-cul-prout-gnan, ça ils le font, mais parler de comment ils se ressentent, et comment ils ressentent les choses, et comment ils ressentent la vie.
Ils passent juste du homard à la lotte, de la lotte à la cuisine, de la cuisine aux recettes, des recettes au bonheur, du bonheur à tondre la pelouse, de la pelouse à leur jardin, de leur jardin à l'horticulture, de l'horticulture au stage d'horticulture de leur fils, du stage d'horticulture de leur fils au grand père de leur fils, et patati patata prout prout.
C'est juste une suite inutile et agacente d'énonciations.
"Mh, l'étrille c'est fin, c'est bon"
"Tiens, j'ai vu un marchand de gros crabes"
"Le barbecue c'est cool"
Comme si ils lisaient un mode d'emploi.
Le mode d'emploi d'un gros paquet, d'une grosse boîte, rectangulaire plûtot, en bois, très au fond, très au fond, à coté de cadavres tout aussi bien bien empaquetés et de milliers de vers de terre, et ils ne le savent pas, ils ne savent pas qu'ils sont nuls. Fin. Prout. Je m'énerve toute seule sur un grand creux, je n'aime pas ça. Je fais pitié.